Les modulateurs

Jusqu’il y a peu, le traitement de la mucoviscidose consistait uniquement à prévenir et à empêcher l’aggravation des symptômes de la maladie. Mais depuis quelques années, une nouvelle classe de médicaments est disponible : les modulateurs CFTR. Ces petites molécules s’attaquent au défaut de base responsable de la maladie : la protéine CFTR. Nous ne parlons plus ici d’un “traitement symptomatique”, mais bien d’un médicament qui “modifie la maladie”. Différents modulateurs sont actuellement remboursés en Belgique, à chaque fois pour un groupe de patients muco spécifique, sur base de leurs mutations.

Le Kalydeco

Le Kalydeco (Ivacaftor) est le premier modulateur approuvé par l’Agence européenne des Médicaments (EMA) dans notre pays depuis le 1er février 2016 et entièrement remboursé pour les personnes atteintes de mucoviscidose à partir de 2 ans avec minimum 1 des 9 mutation gating (classe 3) dans le gène CFTR. Sont concernées les mutations G551D , G178R, S549N, S549R, G551S, G1244E, S1251N, S1255P ou G1349D. En Belgique, cela concerne environ 35 à 40 patients muco. Si vous avez subi une transplantation, vous n’entrez pas en ligne de compte pour ce médicament.

Comme le traitement au Kalydeco ne concerne qu’un groupe restreint de personnes atteintes de mucoviscidose, la recherche portant sur une molécule active pour un plus grand nombre de personnes a été poursuivie.

 

L’Orkambi

Ce modulateur représente la combinaison de deux molécules, l’Ivacaftor et le Lumacaftor. L’Orkambi est approuvé en Europe pour les patients atteints de mucoviscidose à partir de deux ans avec deux mutations F508del (homozygotes). Depuis le 1er avril 2021, l’Orkambi est entièrement remboursé en Belgique pour les quelque 120 enfants muco de 2 à 11 ans homozygote pour la mutation F508del.

Le Symkevi

Même si l’Orkambi est généralement bien supporté, certaines personnes rapportent qu’au début du traitement, elles connaissent des problèmes d’oppression thoracique et d’essoufflement (généralement passager). Dans quelques cas, le traitement à l’Orkambi a même dû être interrompu. C’est pourquoi, au lieu du Lumacaftor, on a développé une molécule meilleure et plus sûr, à savoir le Tezacaftor. Le Symkevi (Symdeko aux USA), une combinaison d’Ivacaftor et de Tezacaftor, est approuvé en Europe pour les personnes muco de plus de 12 ans homozygote pour F508del ou ayant une mutation F508del en combinaison avec l’une des quatorze mutations suivantes : P67L, R117C, L206W, R352Q, A455E, D579G, 711+3A→G, S945L, S977F, R1070W, D1152H, 2789+5G→A, 3272-26A→G, 3849+10kbC→T. Des tests cliniques ont montré que le Symkevi est bien supporté et qu’il fonctionne un peu mieux que l’Orkambi. Le Symkevi peut également être utilisé en même temps qu’un contraceptif oral (la ‘pilule’), contrairement à l’Orkambi qui réduit l’efficacité d’un contraceptif oral. Depuis le 1er avril 2021, le Symkevi est intégralement remboursé en Belgique pour les jeunes et adultes atteints de mucoviscidose à partir de 12 ans porteurs des mutations décrites ci-dessus. Cela concerne plus de 450 personnes atteintes de mucoviscidose. Si vous avez subi une transplantation, vous n’entrez pas en ligne de compte pour ce médicament.

Le Kaftrio

L’Orkambi et le Symkevi sont le résultat d’une combinaison entre deux molécules. Le Kaftrio contient trois molécules, l’Ivacaftor, le Tezakaftor et l’Elexacaftor, ce qui permet d’atteindre des effets cliniques inégalés : une augmentation moyenne de la fonction pulmonaire de près de 15%, qui de plus se maintient à long terme, ainsi qu’une diminution sensible du nombre d’exacerbations des problèmes pulmonaires.

Différentes études montrent aussi nette augmentation de la qualité de vie. On note clairement une progression dans le fonctionnement physique, émotionnel et social des patients, qui se sentent plus dynamiques et mieux dans leur peau. Ils rencontrent également moins de problèmes d’alimentation et leur poids augmente. Et déclarent que la charge de la thérapie leur semble moins lourde à porter. Cela a été prouvé par une enquête déjà décrite précédemment, et réalisée en France auprès d’un groupe de patients muco gravement atteints (fonction pulmonaire moyenne de 29%). Au sein de ce groupe aussi, on a pu relever une augmentation spectaculaire de la qualité de vie : dépression et idées noires liées à la mort ou à la transplantation ont fait place à un gain de confiance en soi, une plus grande autonomie et de nouveaux projets d’avenir. Afin de décrire l’impact du Kaftrio® sur leur vie, certains ont même utilisé des mots comme « miracle », « seconde chance”. Fin avril 2021, l’EMA a donné le feu vert pour l’utilisation du Kaftrio chez les personnes muco ) partir de 12 ans avec minimum un mutation F508del. Cela veut dire que l’administration du médicament ne dépend plus de la seconde mutation. Quelque 700 belges atteints de mucoviscidose entrent désormais en ligne de compte pour le Kaftrio. Il n’existe hélas pas encore d’accord de remboursemet pour le Kaftrio, mais une série d’étapes importantes ont déjà été franchies dans ce sens. Plus de détails dans cette édition de Respire (page 12) et sur notre site web. Vous trouverez plus d’information complémentaires à ce sujet dans le numéro de Respire de décembre 2020 (page 8 et 9) et dans le numéro de juin 2021 (page 11). Cet article scientifique (en anglais) contient également une frequently asked questions concernant ceux qui peuvent démarrer la prise de Kaftrio.

Dans le même temps, les chercheurs travaillent toujours à la mise au point de modulateurs CFTR de plus en plus performants. La recherche portant sur la mise au point de modulateurs CFTR toujours plus performants est en évolution constante. Vous trouverez sur cette page  un aperçu des différents modulateurs actuellement en cours de développement et testés cliniquement. Jusqu’à présent, pour pouvoir bénéficier d’un traitement aux modulateurs, il faut avoir minimum une mutation F508del. On comprend aisément que cela entraîne la mise à l’écart d’un groupe de personnes muco touchées par des mutations rares. Heureusement, la recherche scientifique est en constante évolution et planche actuellement sur les ARNm ou la thérapie génique par exemple. Pour en apprendre plus, rdv sur cette page (page 10) et cette page (à partir de la page 6) dans Respire, et suivez  notre page recherche scientifique. Nous publions régulièrement des mises à jour concernant de nouveaux traitements.

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