Les bactériophages: science-fiction ou nouvel espoir contre les super bactéries?

Les bactériophages, ou ‘phages’ sont des virus capables de tuer les bactéries. Avec leurs petites ‘pattes’, ils s’accrochent à la paroi de la bactérie et lui injectent leur ADN viral. Ensuite, la bactérie est en quelque sorte détournée par le phage. Et elle commence à fabriquer de nouveaux phages en utilisant l’ADN étranger en guise de modèle. Ce processus finit par détruire la bactérie et libérer de nouveaux phages. Qui à leur tour vont attaquer de nouvelles bactéries.

Même si le terme ne nous est pas familier, on trouve des ‘bactériophages’ partout dans notre environnement : dans les eaux souterraines, les aliments et même dans nos propres intestins ! Les phages sont inoffensifs pour les humains : ils ne s’attaquent qu’aux bactéries. L’efficacité des phages dans la lutte contre les infections bactériennes a été décrite pour la première fois durant la Première Guerre mondiale. Dans l’entre-deux-guerres, un grand nombre d’expérimentations ont été menées sur l’utilisation des phages. Au même moment, les propriétés antibactériennes de la pénicilline ont également été découvertes. Cet antibiotique a été utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale et dans les décennies qui ont suivi, l’utilisation des antibiotiques s’est répandue. Ensuite, les phages sont tombés dans l’oubli. Toutefois, en Géorgie, en Pologne et en Russie, on a continué à mener des études sur la thérapie par les phages.

La lutte contre les bactéries résistantes

L’utilisation imprudente et inconséquente des antibiotiques a mené à l’émergence de bactéries de plus en plus résistantes. Celles-ci sont devenues insensibles à certains types d’antibiotiques et, dans certains cas, à tous les antibiotiques, ce qui les rend extrêmement difficiles à traiter. Ces ‘super bactéries’ entraînent des pertes humaines: en Europe, chaque année, ces bactéries résistantes sont responsables de quelques 25 000 décès. Dans les hôpitaux, elles entraînent jusqu’à 2,5 millions de journées de soins supplémentaires. Ces super bactéries représentent par conséquent un danger pour la santé dans le monde. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, actuellement, un demi-milliard de personnes infectées ne peuvent plus être soignées par antibiotique, tant dans les pays riches que dans les pays en voie de développement.  En Belgique, les phages sont déjà utilisés depuis des années, principalement dans le traitement des grands brûlés à l’Hôpital Militaire Reine Astrid à Neder-over-Heembeek. Depuis peu, le département de chirurgie traumatologique de l’UZ Leuven recourt à la thérapie bactériophage. En effet,  un rinçage bactériophage est effectué pendant et après intervention chirurgicale chez des patients atteints d’infections osseuses et des tissus mous particulièrement graves. Cela permet de traiter directement la source d’infection et d’obtenir de bons résultats.

La recherche sur les phages est encore en plein développement. Il n’existe actuellement pas encore de réponse claire à la question de savoir combien de temps les phages restent actifs et comment les administrer le plus efficacement possible au patient. Il y a également une grande variété de phages. Chaque type dispose de son propre arsenal pour attaquer et détruire des bactéries spécifiques. Le choix d’un phage sera donc fonction de la nature de la bactérie qui infecte le patient. Par conséquent, pour garantir une thérapie par phage efficace et durable, il faut mettre au point un cocktail ‘à la carte’. Comme il faut analyser le phage en profondeur et le choisir avec discernement, cette thérapie représente un long processus. Dans notre pays, plusieurs laboratoires travaillent actuellement à cartographier les différents types de phages et leur fonctionnement respectif.

Cartoon: © KU Leuven – Joris Snaet

Des bactériophages pour les patients atteints de mucoviscidose?

La thérapie par les phages pourrait représenter une solution pour les personnes atteintes de mucoviscidose touchées par une infection chronique provoquée par des bactéries devenues résistantes à la plupart des antibiotiques. Le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (MRSA) est une variante du Staphylococcus aureus devenu insensible aux antibiotiques classiques. Le MRSA est présent chez environ 6% des adultes atteints de mucoviscidose en Belgique. La contamination au MRSA peut être le signe d’une dégradation de l’état général. Le Pseudomonas peut également devenir résistant aux antibiotiques classiques. Cela va souvent de pair avec une perte de la fonction pulmonaire. Le Burkholderia cepacia et l’Achromobactère  sont deux autres types de bactéries souvent insensibles aux antibiotiques traditionnels. Celles-ci touchent respectivement 3,4% des enfants et 10,4% adultes atteints de mucoviscidose en Belgique. On connaît un certain nombre de cas où des patients atteints de mucoviscidose qui allaient très mal ont été traités par phages via aérosol. Cette prise en charge a montré que la thérapie par phages était sans danger. On a également pu s’avancer prudemment sur l’effet positif et l’efficacité du traitement. Les phages offrent un avantage important puisqu’ils restent en mesure de tuer les bactéries, malgré la présence d’un biofilm dans les poumons. La formation d’un biofilm représente un mécanisme de résistance des bactéries : elles forment littéralement une sorte de bouclier contre lequel les antibiotiques ne peuvent rien. Par contre, les phages restent efficaces. Mais dans les poumons des personnes atteintes de mucoviscidose, il existe une série de facteurs qui entravent le fonctionnement des phages. Une infection chronique provoquée par les bactéries engendre une réaction inflammatoire exagérée et la présence d’un grand nombre de cellules immunitaires dans les poumons. Etant donné qu’il s’agit de virus, celles-ci pourraient réagir à la présence des phages. De plus, on sait très peu de choses sur l’interaction entre les phages et les autres médicaments inhalés dans les poumons. Enfin, il est possible que les bactéries deviennent également résistantes aux phages.

Un cadre juridique

Avant que les phages ne deviennent un traitement de routine du point de vue clinique, il est donc très urgent de poursuivre les recherches. Un nouveau cadre juridique faciliterait également les choses à l’avenir. La thérapie par les phages est reprise dans la loi belge en tant que préparation magistrale. La nouvelle législation autorise la personnalisation des cocktails de phages en fonction des besoins de patients spécifiques. Chaque patient pourrait donc se voir administrer un phage individuel pour soigner son infection. Pour ce qui concerne l’application de la thérapie par les phages chez les personnes atteintes de mucoviscidose, le Dr Eva Van Braeckel de l’UZ Gent a récemment conclu une collaboration avec l’UGent et l’HoGent afin de mettre au point une méthode pour le développement des cocktails de phages. L’Association Muco vous informera concernant l’évolution de cette recherche!

Cette information est issue de l’article paru sur le site de la KU Leuven en relation avec la journée d’étude consacrée à la thérapie par les phages et organisée par l’HoGent.

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